Musique : l’image de soi et les croyances sur le talent influencent les enfants

La musique est la langue des émotions” affirmait le philosophe allemand Emmanuel Kant. Et les effets procurés sur les humains par l’écoute et la pratique de la musique sont simples à constater. Que l’on préfère la musique classique, électronique ou le jazz, la musique fait partie de notre environnement quotidien.

Cependant, ce langage universel ne semble pas toujours accessible à tous. Comme si nous n’étions pas tous égaux et motivés pour pratiquer la musique. Pourtant, la musique a de nombreux bienfaits sur la santé et le bien-être. Elle modifie la plasticité de notre cerveau en réorganisant la matière grise et en améliorant la coordination des gestes (psychomotricité). [1] D’ailleurs, une étude révèle récente que le fait d’écouter Mozart améliore les performances des gamers.

Comme le suggérait Laurent Guirard dans son ouvrage « Abandonner la musique ? » [2], que je vous conseille de lire ; Pourquoi certaines personnes, arrivées à l’âge adulte, renoncent-elles aux joies de la musique ? Est-ce le don, la sensibilité, l’oreille ou encore quelque mystérieuse envie qui leur fait défaut ?

« La psychologie de la motivation apporte des moyens éprouvés de comprendre comment, avec des capacités de départ égales, certains développent et utilisent plus ou moins bien leurs compétences musicales.» Elle donne l’occasion de lancer des pistes d’étude scientifiquement fondées sur la réalité éminemment complexe du monde de la musique.

Psychologie de la motivation


Les croyances des enfants sur le talent influencent leur motivation pour pratiquer la musique


Lorsque je parle avec certains adultes non-musiciens, je constate très souvent qu’ils se croient incapables de débuter la musique tardivement. Cette croyance serait très probablement formée pendant l’école élémentaire, selon une echerche publiée en 2016 dans Journal of Research in Music Education.

Steven Demorest, l’auteur principal de l’étude, est professeur d’éducation musicale à la Bienen School of Music de l’Université de Northwestern (IL, USA). Il s’est penché sur l’analyse des attitudes et des croyances qui influencent les enfants dans leur choix de continuer ou non à étudier la musique.

Comment ces facteurs sont-ils liés ?

« Les décisions que les gens prennent pendant leur enfance pourraient avoir des conséquences durables sur leurs relations avec la musique à l’âge adulte », a déclaré Steven Demorest. « Nous parlons d’une forme majeure d’expression humaine que beaucoup de gens peuvent manquer parce qu’ils croient, faussement, qu’ils n’ont pas de talent musical. »

Presque tous les enfants scolarisés participent à des activités musicales. La musique est une discipline artistique souvent requise dès l’école primaire, et dès la crèche dans certains pays.  La première possibilité de se retirer et d’être démotivé se situe pendant la période du collège selon les statistiques récentes. Pour l’exemple, seulement 34% des étudiants américains s’inscrivent à l’enseignement de musique lorsqu’ils passent dans le secteur secondaire.

Pour examiner les raisons pour lesquelles les étudiants se retirent, l’équipe de Steven Demorest a interrogé et suivi 319 élèves de sixième. Ils leur ont posé des questions sur différents thèmes. Leurs antécédents familiaux, leur attitude envers la musique, leurs croyances sur eux-mêmes en tant que musiciens. Et des questions relatives à l’influence des pairs et à d’autres variables.

Écouter Mozart améliore les performances

Une croyance erronée de notre incapacité à pratiquer la musique

L’étude a révélé que la motivation est liée à une combinaison de facteurs. Le milieu familial, l’auto-concept musical, l’influence des pairs, prédit avec 74% de précision le futur choix des enfants de continuer la musique. Étonnamment, l’attitude des élèves à l’égard de la musique, ou à quel point ils l’aimaient, n’était pas un indice prédicateur de leur choix.

« Cette décision semble être enracinée dans notre croyance erronée que la capacité musicale est un talent plutôt qu’une compétence ». « Les enfants qui se croient musiciens talentueux sont plus enclins à continuer, et par la suite ils s’améliorent. »

Dans la deuxième partie de l’étude, les chercheurs ont mesuré la précision du chant des élèves. Ils n’ont pas trouvé de différences significatives dans la précision du chant entre les différents groupes. Que les enfants soient musiciens ou non musiciens. Il y avait, cependant, un lien entre l’auto-concept musical et la précision.

« Les données soulèvent une perspective alarmante. La précision du chant pourrait faire partie d’une prophétie auto-réalisatrice dans le cas d’individus ayant un faible concept musical », a déclaré Peter Pfordresher, coauteur. « Si un enfant croit faussement qu’il ou elle est un musicien pauvre, pour une multitude de raisons, l’enfant peut effectivement en devenir un. »

La capacité de chanter avec précision est une compétence

Cette recherche s’appuie sur une étude antérieure, publiée dans la revue Music Perception. Cette dernière suggère que la capacité de chanter avec précision est une compétence. Ce ne serait pas le talent qui nous différencie, mais la pratique. Dans cette étude, les auteurs ont comparé la précision de chant de 3 groupes : enfants en maternelle, élèves de sixième, adultes.

En effet, les auteurs ont constaté une amélioration considérable de la précision de la maternelle à la fin de l’école primaire pour ceux qui reçoivent une éducation musicale normale en milieu scolaire. Mais dans le groupe des adultes, les gains ont été inversés. Demorest théorise que les enfants sont devenus meilleurs en chant parce qu’ils ont pratiqué régulièrement. Alors que les adultes peuvent avoir cessé de perfectionner leurs compétences de chant.

Enfin, cette étude permet d’insister sur un point important dans la pratique musicale et la psychologie de la motivation. L’interprétation des résultats permet de comprendre le fonctionnement des facteurs qui mènent une personne à abandonner ou non. Les enfants qui ont choisi de continuer diffèrent de ceux qui s’arrêtent. On constate que c’est uniquement le contexte et l’auto-concept musical, mais pas en matière de capacité. En d’autres termes, il n’y a pas d’âge pour commencer à pratiquer la musique. Même si c’est recommandé de débuter dès le plus jeune âge. Quelles que soient les capacités ou le talent d’une personne. La pratique régulière, et une image positive de soi en tant que musicien, sont les clefs de la réussite.

© Jimmy Braun – Janvier 2017


Sources
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